Bolivie et Pérou : Terre des Andes
Territoire andin
C’est lors d’un voyage en Bolivie que j’ai réalisé cette série «Paysages et territoires»
sur l’ Altiplano. De 2800 mètres à 4100 mètres d’altitude, sur les hauts plateaux andins, l’homme
et la nature ont façonné un paysage en mutation. L’un chargé d’histoire, illustré ici par les mines
de Potosi (450 années d’extraction de l’argent) et l’autre, en attente de transformation, le désert
de sel d’ Uyuni convoité par les grandes puissances pour ses importantes réserves de lithium.
Depuis 1545, à 4100 mètres d’altitude, surplombant la ville de Potosi, la montagne nommée «El
Cerro Rico» fût le théâtre d’une extraction acharnée. Les indigènes furent contraints pendant
250 ans par les colons espagnols d’ y extraire l’argent dans des conditions déplorables. On
raconte que la quantité de minerai extraite dans les profondeurs des mines aurait pu permettre
la construction d’un pont en argent reliant Potosi à Madrid.
Aujourd’hui les fabuleuses veines d’argent s’amenuisent mais on continue à y extraire l’argent
(en faible quantité) mais aussi du zinc, du plomb, de l’étain, du bismuth… Les mineurs se sont
associés en de nombreuses coopératives minières auto-gérées (une trentaine) avec tous les
dangers que cela induits.
En moyenne 5000 à 8000 personnes descendent dans les mines chaque jour, l’économie de la
ville dépend toujours des mines même si le tourisme se développe.
Cette montagne est devenue un véritable gruyère et lors de mon passage un éboulement en
partie haute a eu lieu. On prévoit un effondrement du Cerro Rico d’ici une trentaine d’années.
L’autre territoire auquel je me suis intéressé est le désert de sel d’ Uyuni (un des plus grand
désert de sel au monde: 12000km2) riche en lithium. Il est convoité par de nombreuses sociétés
internationales (notamment Bolloré). Ce précieux métal qui sommeille sous la croûte de sel est
une ressource qu’ Evo Morales ne laissera pas aux mains de compagnies étrangères sachant
qu’il représente 40 à 70% des réserves du globe. Une usine pilote est en fonctionnement depuis
peu.
D’un côté nous avons les restes d’un paysage à l’état de «survie» dans son dernier souffle et de
l’autre, un paysage «en devenir» qui subira de profonds bouleversements. Cette juxtaposition
de ces deux types de territoires est le fil conducteur de ce travail.
Dans ma manière de photographier, je m’éloigne du spectaculaire, de la mise en scène
émotionnelle pour me focaliser sur cette relation muette entre l’homme et son environnement.
C’est à partir de questionnement que j’avance dans ma démarche : Comment l’homme s’insère
dans le paysage qu’il soit urbain, rural ou naturel ? Comment il le détruit, l’adopte, le module, le
transforme, l’utilise à sa guise ?
L’action de l’homme sur son environnement est une base de réflexion pour mon travail.
Guillaume Ayer